Paolo

Ma sauce préférée c’est la sauce tomate.

Peut-être que c’est héréditaire, que j’ai reçu le gène de la tomate de mes ancêtres italiens; peut-être que c’est la marque subconsciente de la sauce de ma mémé qui parle. C’est certainement un peu des deux, en tout cas une chose est sûre, je suis un vrai snob de la sauce tomate.

Impossible même de passer dans le rayon des bocaux au supermarché, un regard sur le pot et la tête me tourne. Chez mes amis quand la bolognaise Panzani se retrouve sur la table je suis obligé de feindre préférer les pâtes nature. Trop compliqué d’assumer sans passer pour un péteux prétentieux.

Quand on est aussi spécifique dans ses préférences, on se retrouve obligé de faire soi-même.

Imagine un fan de reggae allemand des années 80. Si si, promis ça aura du sens d’ici un ou deux paragraphes. Voilà, alors ce fan aime quelque chose de très caractéristique, de peu conventionnel. La plupart des gens n’y penseront jamais, et continueront à vivre très bien quand même. Mais pour notre fan c’est une quête quotidienne.

Il parcourt tout les disquaires de sa ville; pas beaucoup de choix sur Spotify, et d’ailleurs avant le streaming il avait déjà téléchargé tout les albums du genre. C’est normal, aucun autre genre n’est à son goût. Il fatigue tout ses amis en soirée à toujours vouloir mettre du Sebastian Sturm.

En remplaçant le reggae allemand par la sauce tomate, ce fan c’est moi. J’ai expérimenté un nombre pas possible de recettes, passé au moulin des kilos de tomates, noirci des carnets avec des quantités, des volumes, des temps de cuisson… Passé un temps incroyable à tenter de peaufiner quelque chose de si spécifique et étroit sans jamais être complètement satisfait.

Je cherche le fix ultime, la cuillère de sauce objectivement parfaite. Pourtant au fond je sais que c’est sans fin et que je serai bien embêté de perdre un hobby si je trouvais la formule infaillible. Que le plus drôle c’est quand même de changer un petit élément à chaque fois pour de me conforter dans ma manie obsessionnelle.

Finalement je me dis avec un peu d’ironie que la casserole de sauce la plus importante que j’ai jamais cuisinée, c’est certainement la première. C’est le premier vrai plat dont j’ai été fier, que j’ai été heureux de partager, et qui a déclenché mon addiction m’a donné envie de continuer à cuisiner.

Et toi, c’est quoi ta sauce tomate?

Paolo,