J’ai commencé à boire du café très tôt.

Vers 11 ans, mon père à commencé à me demander si je voulais comme toute la famille à la table finir le repas avec un espresso. Je ne sais pas quel critère j’ai rempli à ce moment là pour mériter qu’on me le propose (certainement une formule mathématique italienne qui me sera communiquée le jour où j’aurais des enfants). Il en reste que j’ai trouvé ça amer, acide et franchement infâme. Pourtant, quand on m’a proposé une deuxième tasse, je me suis surpris à accepter avec enthousiasme.

Encore aujourd’hui quand un ami m’explique pourquoi il ne boit pas de café, souvent simplement à cause du goût, je reste convaincu que personne n’a aimé sa première tasse. Que c’est une sorte de rite d’initiation sociétal auquel tout le monde occidental se plie. Qu’on se force à aimer ça puisque c’est la norme; et que les gens sont si nombreux à aimer ça qu’il ne peut s’agir d’une coïncidence?

Alors on boit sa première tasse, on trouve ça horrible. Puis on retente avec la deuxième, peut-être que la première était simplement mal préparée? Ça n’est pas beaucoup mieux, mais on décèle toutefois une petite amélioration. C’est chaud et ça réveille un peu. Je ne suis pas fumeur mais j’imagine que le côté convivial y ressemble et joue aussi. Et comme ça, sans s’en rendre compte, on se lance sur une pente douce, qui nous guide tranquillement vers une consommation de café à vie.

Paolo

En fin de compte le café devient plus que la boisson elle même. On le voit même dans le langage, où le même mot sert à décrire la boisson, le lieu où on la boit et même le rendez-vous où l’on s’invite à la boire ensemble. Avec mon père il n’y a pas de bon week-end qui démarre sans la visite matinale au café du village.

Mon rituel c’est de passer ce moment avec mon père; autour d’une boisson qu’il m’a appris à aimer tôt, et que lui même a appris à aimer avant moi. Je crois que la tasse de café est juste une excuse, un prétexte pour passer du temps ensemble, à discuter de bêtises et à refaire le monde. Je trouve ça drôle qu’on trouverait bizarre d’inviter quelqu’un à discuter face à face autour d’une table, mais que dès qu’on rajoute un jus de haricot moulu au mix, ce soit tout de suite plus sympa :-) .

Et toi, qu’est-ce que c’est ton rituel?

Paolo,